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Le Prix Ivoire 2026 pour la littérature africaine d’expression francophone revient à l’écrivain tchadien Nétonon Noël Ndjékéry, récompensé pour son roman La Fabrique du merveilleux, paru chez Hélice Hélas. Une fable qui interroge le pouvoir, la démocratie et les promesses du progrès. Le lauréat recevra sa distinction, dotée de deux millions de francs CFA, le 28 novembre à Abidjan.

L’association Akwaba Culture a annoncé ce 30 octobre le choix du jury, présidé par l’écrivaine et dramaturge Werewere-Liking-Gnépo.

Les jurés ont particulièrement apprécié « l’écriture inventive, imaginative à souhait, très riche et variée » du romancier tchadien. Ils saluent sa capacité à puiser dans « la chaleur et la profondeur des langues africaines » pour nourrir un récit où le merveilleux se met au service d’une réflexion politique.

Quand les rêves s’attaquent à la tyrannie

Dans la principauté imaginaire de Lara, la reine Poudoudou, ancienne courtisane, a méthodiquement pris le pouvoir auprès du monarque Laoula. Rivales écartées, conseillers remplacés : bientôt, la terreur règne sur le royaume. Mais dans la forêt primordiale, une résistance d’un genre particulier s’organise. Les arbres et les animaux, alliés à la divinité Sou, fabriquent des rêves de liberté capables de renverser les tyrans.

Deux personnages, Guiliguili et Tipipi, vont s’emparer de ces rêves pour changer le cours des choses. Reste alors une question : que faire du merveilleux une fois la paix retrouvée ? À travers cette fable, Nétonon Noël Ndjékéry s’intéresse autant à la conquête de la liberté qu’à sa préservation, aux fragilités de la démocratie et à la manière dont les sociétés envisagent le progrès.

Pour le jury, ce conte plonge ses racines dans « les cases anciennes » et convoque l’espoir d’une Afrique capable de penser son avenir politique. Une lecture qui fait écho au parcours de l’écrivain, dont l’œuvre associe depuis plusieurs années traditions orales, imagination et critique sociale.

Né à Moundou, au Tchad, et installé en Suisse, Nétonon Noël Ndjékéry n’en est pas à sa première distinction. Récompensé en 2017 par le Grand Prix littéraire national du Tchad pour l’ensemble de son œuvre, il a notamment publié Au petit bonheur la brousse et Il n’y a pas d’arc-en-ciel au Paradis, également chez Hélice Hélas. Ce dernier roman lui avait valu le Prix Hors concours et le Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 2022, puis le prix Lettres frontière en 2023.

Cinq finalistes, treize pays représentés au départ

Pour cette 18e édition, 46 ouvrages venus de 13 pays avaient été soumis au comité de présélection. Cinq romans avaient finalement été retenus, représentant le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Tchad, le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

Face au lauréat, quatre autres écrivains étaient encore en compétition : Djaïli Amadou Amal (Cameroun), Espoir, éditions Emmanuelle Collas, 2026 ; Jocelyn Danga (République démocratique du Congo), Né sur des pissenlits, éditions Elyzad, 2026 ; Célia Sanchez (Sénégal), Yaay !, L’Harmattan Sénégal, 2025 ; Ephrem Youkpo (Côte d’Ivoire), Ceux qui parlent fort, Eyo Éditions, 2026.

Autour de Werewere-Liking-Gnépo, le jury réunissait Hélène Lobé, présidente de l’Association des écrivains de Côte d’Ivoire, Foua Ernest de Saint Sauveur, président honoraire de cette même association, ainsi que les critiques littéraires Auguste Gnaléhi et Henri N’koumo.

Une récompense remise le 28 novembre à Abidjan

Nétonon Noël Ndjékéry recevra officiellement son prix le samedi 28 novembre 2026, à l’hôtel Les Vallons, à Abidjan. La distinction s’accompagne d’une dotation de deux millions de francs CFA, soit environ 3000 €.

Créé en 2008 par Akwaba Culture, association ivoirienne présidée par Isabelle Kassi-Fofana, le Prix Ivoire distingue chaque année une œuvre relevant de la littérature africaine d’expression francophone. Il bénéficie notamment du parrainage du ministère ivoirien de la Culture et de la Francophonie, de l’ambassade de France à Abidjan et de la Librairie de France Groupe.

Le romancier tchadien succède à l’Ivoirienne Véronique Tadjo, distinguée en 2025 pour Je remercie la nuit (Mémoire d’encrier). Avant elle, la Tunisienne Azza Filali avait remporté l’édition 2024 avec Malentendues (Elyzad). Le palmarès compte également Sami Tchak, Blaise Ndala, Gauz, Kettly Mars ou encore Hemley Boum.

Gazelle Presse avec ActuLitté

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