
Face aux polémiques et aux lectures réductrices entourant la trajectoire politique du sénateur Abderaman Koulamallah, Ahmat Haroun Larry, président du Groupe de réflexion pour l’action et le changement au Tchad, est monté au créneau pour défendre fermement une figure qu’il considère comme incontournable de l’histoire politique contemporaine du pays.
Pour Ahmat Haroun Larry, Abderaman Koulamallah ne peut être résumé à une simple étiquette d’ancien rebelle. Il est, selon lui, un acteur politique majeur dont le parcours s’inscrit dans les grandes séquences qui ont façonné le Tchad moderne. Leader rebelle lors de l’offensive de février 2008 contre le régime d’Idriss Déby Itno, il a joué un rôle central dans la médiatisation internationale de cette période, permettant au monde de suivre, quasiment en temps réel, la progression de la colonne rebelle vers N’Djamena.
À la suite d’un accord politique avec le gouvernement, Abderaman Koulamallah fait le choix du retour au pays. Arrêté puis gracié dans un cadre politique assumé, il s’inscrit ensuite dans une dynamique de paix et de reconstruction nationale, acceptant d’assumer des responsabilités au sein des institutions de l’État. Pour Ahmat Haroun Larry, ce cheminement illustre la trajectoire d’un militant révolutionnaire devenu acteur de la stabilité républicaine.
Son parcours personnel éclaire également son engagement. Formé à l’École supérieure d’études cinématographiques, il se destinait initialement à une carrière artistique. Mais l’héritage politique et la conscience historique l’ont ramené vers l’engagement public. Fils d’Ahmed Koulamallah, figure emblématique du Tchad postindépendance et fondateur du Mouvement socialiste africain, il a grandi au cœur du Royaume du Baguirmi et des cercles décisionnels de l’État.
Très tôt, son engagement se manifeste. À seulement 15 ans, alors élève au lycée Félix Éboué de N’Djamena, il est arrêté pour activités subversives avant d’être contraint à l’exil au Cameroun. En 1996, lors de la première élection présidentielle organisée sous Idriss Déby Itno, il tente de se présenter contre le président sortant. Une démarche audacieuse, destinée à dénoncer l’exclusion politique, le verrouillage du jeu démocratique et l’absence d’alternative réelle. Sa candidature sera écartée.
Pour Ahmat Haroun Larry, Abderaman Koulamallah n’est ni un aventurier ni un opportuniste politique. Son engagement n’a jamais reposé sur des calculs ethniques, régionaux ou des intérêts personnels, mais sur une vision nationale et une culture politique enracinée. Accessible, y compris sur les réseaux sociaux, et ouvert au débat, il incarne selon lui une conception exigeante de la responsabilité publique, fondée sur le dialogue avec le peuple.
Kissia Dani, stagiaire
