
Une fois de plus, les autorités tchadiennes brandissent l’outil du communiqué officiel pour tenter d’imposer l’ordre dans l’espace public. Le communiqué conjoint n°001/PR/PM/MSPI/SG/2026, signé par les ministres en charge de la Sécurité publique et de la Justice, rappelle l’interdiction des cortèges de mariage, des transports dangereux, des tirs d’armes à feu lors des cérémonies et de l’usage des feux d’artifice par des enfants. Une décision qui, sur le papier, se veut salutaire. Dans la réalité, elle sonne comme un air déjà entendu.
Depuis les 5 dernières années au moins 3 décisions similaires ont été prises, souvent dans les mêmes termes, avec les mêmes références juridiques et les mêmes mises en garde. Pourtant, sur le terrain, l’insécurité urbaine, les tirs festifs et les comportements à risque persistent, parfois au grand jour, sans réelle crainte de sanctions durables.
Le problème ne réside donc pas tant dans l’absence de textes que dans leur applicabilité sélective. Tout le monde sait qui détient les armes, qui parade dans les rues, qui perturbe l’ordre public en toute impunité. Ces acteurs du désordre sont connus, identifiés, visibles. Mais la loi, elle, semble hésiter à les atteindre. Lorsqu’elle s’applique, c’est souvent de manière ponctuelle, avant d’être neutralisée par des influences, des interventions ou des protections informelles.
Cette situation alimente un sentiment d’injustice et fragilise l’autorité de l’État. Une loi qui ne s’applique pas à tous cesse d’être dissuasive. Elle devient un simple document administratif, bon pour les archives, mais sans effet réel sur le comportement des plus puissants ou des mieux connectés.
À force de répéter les mêmes interdictions sans mécanismes crédibles de suivi et de sanction, le pouvoir expose ses propres limites. La sécurité ne se décrète pas uniquement par communiqué. Elle se construit par la constance, l’équité dans l’application de la loi et le courage politique d’agir, y compris lorsque cela dérange.
Sans cela, ces décisions, pourtant légitimes dans leur intention, continueront d’être perçues comme des annonces de circonstance. Et le fossé entre l’État et les citoyens, déjà profond, ne fera que s’élargir.
Sakhaïroune Ousmane Kikigne
