
Au Tchad, un phénomène social inquiétant s’impose de plus en plus, le « doungouroutisme », un comportement où certains individus cherchent à plaire à tout prix, à flatter et à se montrer dévoués à des personnalités ou à des réseaux pour obtenir des avantages personnels, souvent au détriment de l’éthique et de la dignité. Flatteries excessives, liens de parenté fictifs, « oncle, cousin, grand-père», et réseaux d’influence deviennent des stratégies courantes pour se faire remarquer et gagner des opportunités.
Pour Saleh Abakar, 89 ans et témoin de plusieurs générations, ce phénomène illustre un glissement inquiétant des valeurs. « Autrefois, les jeunes travaillaient dur, gagnaient leur vie avec honnêteté et respectaient leurs aînés et leur culture, raconte-t-il. Aujourd’hui, beaucoup choisissent la facilité, renient leurs origines et sont prêts à tout pour plaire. Cela naît souvent de la précarité et du manque de perspectives, mais il y a aussi un refus profond de travailler dignement. »
Sur les réseaux sociaux, le doungouroutisme prend une ampleur considérable. Amina Mahamat, étudiante et observatrice sociale, explique, « Les jeunes affichent une image flatteuse, défendent corps et âme des personnalités publiques, cherchent à attirer l’attention et à tirer profit de leur popularité. Ces comportements numériques amplifient le phénomène dans la vraie vie et transforment la flatterie en véritable mode de survie sociale. »
Ce comportement n’est pas qu’un simple défaut de caractère, il reflète une jeunesse en crise, confrontée à la précarité économique, à l’absence de perspectives et à une quête de reconnaissance immédiate.
Sakhaïroune Ousmane Kikigne
