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Alors que le gouvernement affiche ses ambitions énergétiques à travers le projet Release, une partie des Tchadiens reste sceptique. Entre espoir d’un miracle solaire et doutes sur la volonté politique, les citoyens attendent surtout des résultats concrets dans leurs foyers.

Le gouvernement tchadien veut porter à 90 % l’accès à l’électricité d’ici 2030. Le projet Release, présenté comme un levier de cette ambition, prévoit une centrale solaire de 35 MWc, un système de stockage par batteries de 20 MWh et une installation sur 80 hectares à Klessoum. Le 7 octobre 2026, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Passalé Kanabé Marcelin, s’est rendu sur le chantier, où 111 des 200 conteneurs nécessaires auraient déjà été acheminés. Les travaux doivent durer 15 mois, selon les informations communiquées sur le projet.

Mais derrière les annonces officielles, le scepticisme demeure. Pour de nombreux citoyens confrontés aux coupures répétées, aux difficultés d’approvisionnement et aux coûts de l’énergie, les promesses de nouvelles infrastructures ne suffisent plus.

« Si ce projet permet enfin aux familles d’avoir du courant chaque jour, ce sera presque un miracle. Nous sommes fatigués des coupures et des annonces qui se succèdent sans changer notre quotidien », estime fictivement un commerçant de N’Djamena.

Un autre citoyen, plus réservé, met en doute la capacité des autorités à transformer les engagements en résultats durables. « Le problème n’est pas seulement de construire une centrale. Il faut une véritable volonté politique, des réseaux adaptés et une distribution régulière dans les quartiers. À quoi servira une centrale si les ménages restent dans le noir ? », s’interroge-t-il.

Pour une jeune diplômée, le défi est également économique. « L’électricité est indispensable pour étudier, travailler et entreprendre. Nous voulons savoir combien de personnes bénéficieront réellement de ce projet et si le service sera accessible aux ménages modestes », avance-t-elle.

Un dernier interlocuteur appelle toutefois à ne pas condamner le projet avant son achèvement. « Il faut laisser les travaux avancer, mais exiger de la transparence sur les délais, les financements et les résultats. Les citoyens ont le droit de demander des comptes », souligne-t-il.

Au-delà de Release, l’enjeu est national. Le Pacte national de l’énergie soutenu par la Banque mondiale fixe un objectif de 90 % d’accès à l’électricité à l’horizon 2030. Toutefois, les documents de planification présentent aussi des objectifs distincts selon les territoires et les modes d’électrification. L’ambition annoncée ne garantit donc pas, à elle seule, un accès effectif pour chaque foyer.

Pour convaincre, les autorités devront désormais démontrer que les investissements se traduisent par une amélioration mesurable du service : moins de coupures, des raccordements supplémentaires et une électricité financièrement accessible. Au Tchad, la confiance se gagnera moins par les visites de chantier que par la lumière qui restera allumée dans les maisons.

Sakhaïroune Ousmane Kikigne

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