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Ce jeudi 15 octobre 2026, le Burkina Faso observe une journée de commémoration et de recueillement en mémoire de Thomas Sankara, assassiné le 15 octobre 1987 lors du coup d’État qui porta Blaise Compaoré au pouvoir. Trente-neuf ans après sa disparition, le père de la Révolution burkinabè demeure une figure de l’histoire africaine, associée à la souveraineté, à la probité et à la justice sociale.

Une mémoire officiellement reconnue

Instituée comme journée d’hommage, la date du 15 octobre invite les Burkinabè à se souvenir de Sankara et de ses douze compagnons tués avec lui. Pour cette édition 2026, les autorités ont déclaré cette date journée de commémoration et de recueillement, avec des horaires de travail aménagés de 7 h 30 à 14 h sur l’ensemble du territoire.

Arrivé au pouvoir en août 1983, Thomas Sankara engage une transformation politique et sociale ambitieuse. Il rebaptise la Haute-Volta « Burkina Faso », le « pays des hommes intègres », et fait de la dignité nationale un principe de gouvernement. Il dénonçait la dépendance économique, les privilèges des élites et les rapports inégaux entre l’Afrique et les puissances étrangères. Il plaidait pour une coopération entre peuples souverains plutôt que pour une relation fondée sur l’assistance et la domination.

Des réformes tournées vers les populations

Durant les quatre années de la Révolution, son gouvernement met l’accent sur la santé, l’éducation, la vaccination, la lutte contre la désertification et la participation des femmes. Des campagnes de vaccination et de reboisement, ainsi que des initiatives d’infrastructures, ont marqué cette période. Sankara défendait l’émancipation des femmes, dénonçant les pratiques qui limitaient leurs droits et leur autonomie. Son appel à la responsabilité, à la sobriété de l’État et à la mobilisation populaire a nourri l’image d’un dirigeant proche des réalités quotidiennes.

Son héritage ne se résume pourtant ni aux slogans ni à la nostalgie. L’expérience révolutionnaire fut autoritaire sur certains aspects et les libertés politiques furent restreintes. Reconnaître ces limites n’efface pas les ambitions sociales qu’il porta ; cela rappelle que la justice et la souveraineté doivent aller de pair avec les libertés et la participation démocratique.

Une inspiration pour les nouvelles générations

L’assassinat de Sankara a brutalement interrompu cette expérience, mais n’a pas fait disparaître ses idées. En 2022, la justice burkinabè a condamné par contumace Blaise Compaoré à la prison à vie pour son rôle dans l’assassinat, une étape importante dans la quête de vérité des familles. Le mémorial de Ouagadougou et les cérémonies régulières témoignent de la place de cette mémoire dans l’espace public.

Pour de nombreux Africains, Sankara incarne toujours le refus de la résignation et l’exigence de rendre des comptes. Son exemple pose une question actuelle : comment transformer la souveraineté proclamée en amélioration des conditions de vie, en institutions responsables et en droits respectés ?

En ce 15 octobre, rendre hommage à Thomas Sankara ne consiste donc pas seulement à célébrer un héros disparu. C’est faire vivre l’exigence d’intégrité, d’autonomie et de solidarité qu’il défendait, tout en veillant à ce que les idéaux de justice s’accompagnent de liberté. Son héritage demeure une invitation au Burkina Faso et à l’Afrique : bâtir des États au service des populations et de leur dignité.

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