Dans le paysage politique et citoyen tchadien, peu de voix suscitent autant de débats que celle d’Ahmat Haroun Larry. Objecteur de conscience, chercheur et écrivain, il s’est imposé au fil des années comme une figure qui interpelle le pouvoir, questionne les institutions et alimente la réflexion sur l’avenir du Tchad. Son engagement, porté par une parole souvent sans concession, lui a valu aussi bien des soutiens que des critiques.

À la tête du Groupe de réflexion sur l’avenir et la construction du Tchad (GRAC-TCHAD), Ahmat Haroun Larry plaide pour une gouvernance fondée sur la responsabilité, la transparence et le respect des libertés fondamentales. Dans ses interventions publiques comme dans ses écrits, il dénonce les dérives de la gouvernance, la corruption, l’impunité et les blocages institutionnels qui, selon lui, freinent le développement du pays.

Son engagement ne se limite pas à la prise de parole. Auteur de plusieurs ouvrages, il a développé une réflexion sur les grandes problématiques politiques et sociales tchadiennes. Parmi ses publications figurent « La société civile au Tchad : Objet politique et acteur de la politique publique », « L’Islam au Tchad : Un objet géopolitique », « L’armée tchadienne et son peuple, La femme tchadienne dans la gestion de la cité et Quelle défense pour le Tchad de la renaissance ? ». À travers ces livres, il aborde les questions de gouvernance, de sécurité, de citoyenneté et de participation démocratique.

En 2023, son entrée à la mairie de N’Djamena en qualité de directeur de la voirie avait surpris plus d’un observateur. L’expérience sera toutefois de courte durée. Quelques semaines seulement après sa nomination, il annonce sa démission, expliquant ne pas disposer des moyens nécessaires pour accomplir efficacement sa mission.

L’année suivante marque un tournant. Après son retour d’exil, Ahmat Haroun Larry est arrêté, une situation qui provoque de nombreuses réactions au sein des organisations de défense des droits humains. Sa détention relance le débat sur les libertés publiques et la place des voix critiques dans l’espace politique tchadien.

Si sa biographie personnelle reste relativement discrète, son influence dans le débat public, elle, ne cesse de grandir. Entre production intellectuelle, interventions médiatiques et prises de position citoyennes, Ahmat Haroun Larry continue de défendre sa vision d’un Tchad plus juste, où la critique est perçue comme une contribution au progrès plutôt que comme une menace pour le pouvoir.

Kissia Dani

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