Credit photo : N’Djamena Actu, 6 juin 2026. Lancement du baccalauréat session de juin 2026 par le Ministre de l’éducation nationale, Alhabo.

La cérémonie officielle de lancement du baccalauréat 2026 à peine achevée, le ministre de l’Éducation nationale, Mahamat Ahmat Alhabo, s’est adressé à la presse pour y aller d’une déclaration qui dépasse le simple rituel d’encouragement. Devant les micros et caméras, il a posé une question appelée à faire débat : faut-il conserver, réformer ou repenser cet examen hérité de la colonisation ?

Alors que 106 231 candidats entament les épreuves sur l’ensemble du territoire national – dont 60 501 garçons (56,95 %) et 45 730 filles (43,05 %) répartis dans 160 centres, de N’Djamena à Djeddah –, le ministre n’a pas éludé les défis structurels. « Le baccalauréat a été instauré en France sous Napoléon Bonaparte au début du XIXᵉ siècle pour former les cadres de l’administration. Après la colonisation, notre pays a hérité de ce système », a-t-il rappelé face à la presse, avant d’appeler à une « réflexion nationale » ouverte à tous.

« On ne vient pas tenter sa chance »

Avant d’entrer dans le vif de la réforme, le ministre a tenu à recadrer l’esprit même de l’examen. « Le baccalauréat ne doit pas être considéré comme une loterie ou une tentative de chance. On vient pour réussir grâce au travail », a-t-il martelé, saluant au passage les « jeunes qui étudient sous les lampadaires » faute de moyens. Un message d’assiduité adressé aux candidats, alors que les effectifs sont en légère hausse par rapport à l’année précédente, avec également 5 893 candidats étrangers (5,55 % du total).

Un héritage colonial à interroger

Mais c’est sur le fond du système que Mahamat Ahmat Alhabo a voulu provoquer le débat devant les journalistes. « Aujourd’hui, plusieurs pays dans le monde ont réformé leurs modèles éducatifs et leurs systèmes d’évaluation. Certains ont profondément aménagé le baccalauréat, d’autres l’ont transformé selon leurs réalités nationales », a-t-il observé.

La question posée est triple : conserver, réformer ou repenser ? « L’intelligence humaine n’a pas de limites », a insisté le ministre, lançant un appel direct aux médias, enseignants, parents et citoyens pour « ouvrir le débat sur l’avenir du baccalauréat dans notre pays ».

Qualité de la formation contre course au diplôme

Derrière l’examen, c’est tout le modèle éducatif qui est visé. « Le plus important n’est pas seulement le diplôme obtenu, mais la qualité de la formation reçue », a affirmé le ministre. De manière incisive, il a interrogé : « Quel niveau de compétence et de connaissance nos enfants possèdent-ils à la fin de leurs études secondaires ? Seront-ils capables de rivaliser avec les jeunes des autres nations dans un monde de plus en plus compétitif ? »

Une préoccupation qui s’inscrit dans un contexte mondial où « certains pays investissent dans les sciences, la technologie, la recherche spatiale et l’innovation ». Pour le ministre, le Tchad ne peut rester à l’écart.

Un hommage à Joseph Brahim Seïd

En guise de conclusion, Mahamat Ahmat Alhabo a rendu un hommage appuyé à Joseph Brahim Seïd, l’un des premiers Tchadiens titulaires du baccalauréat, devenu haut cadre et magistrat. « Depuis cette époque, le nombre de bacheliers n’a cessé d’augmenter, témoignant des progrès accomplis », a-t-il salué, avant de souhaiter « bonne chance à tous les candidats ».

Un débat qui ne fait que commencer

Aucune annonce de réforme immédiate n’a été faite. Mais le ton employé par le ministre, ce jour, face à la presse, est inhabituellement prospectif pour un simple lancement d’examen. Reste à savoir si cette « réflexion nationale » débouchera sur des états généraux ou restera une déclaration de principe. Une certitude : le baccalauréat 2026 aura au moins ouvert une question que l’administration éducative tchadienne ne pourra plus ignorer.

Sakhaïroune Ousmane Kikigne

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