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Il y a quatre ans, le 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré prenait les commandes du Burkina Faso après un coup d’État qui renversait le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Quatre années plus tard, le président de transition revendique des avancées sur la souveraineté économique, l’agriculture et la sécurité, tandis que des critiques persistent sur les violences, les libertés publiques et la durée de la transition.

À Ouagadougou, le souvenir de septembre 2022 reste encore présent. À seulement 34 ans, le capitaine Ibrahim Traoré devenait alors l’un des plus jeunes dirigeants du continent. Quatre ans après, son pouvoir s’est installé dans la durée et entend désormais présenter son action comme une rupture avec les politiques précédentes.

Sur le terrain économique, certains chiffres donnent du crédit aux résultats mis en avant par les autorités. Le Fonds monétaire international indique que l’économie burkinabè a enregistré une croissance de 5,3 % en 2025, contre 4,8 % en 2024. L’inflation moyenne est également passée à -0,5 %, tandis que le déficit budgétaire a fortement diminué, de 5,8 % à 1,8 % du PIB. La progression de l’activité minière et les exportations d’or ont largement contribué à cette performance.

La volonté de mieux contrôler les ressources nationales constitue également l’un des marqueurs de cette période. Le pays a renforcé son dispositif dans le secteur minier et vient d’inaugurer sa première raffinerie d’or, présentée comme un instrument destiné à accroître la valeur ajoutée conservée au Burkina Faso.

Dans l’agriculture et la reconquête territoriale, les autorités mettent également en avant la mécanisation, le soutien à la production et le retour progressif de populations déplacées. Sur le plan sécuritaire, Ibrahim Traoré affirme que les forces burkinabè ont repris plusieurs zones auparavant soumises à la pression des groupes armés. Ces résultats restent toutefois difficiles à dissocier d’un contexte sécuritaire toujours extrêmement fragile.

Car derrière ces avancées, les difficultés demeurent nombreuses. Les attaques de groupes armés continuent de frapper le pays et de provoquer des victimes civiles. Human Rights Watch affirme avoir documenté, entre 2023 et 2025, plus de 1 800 civils tués dans des violences attribuées aux différents camps, ainsi que des déplacements forcés. L’organisation accuse également les forces gouvernementales et leurs auxiliaires de graves abus, des accusations que les autorités burkinabè contestent.

L’autre point sensible concerne les libertés publiques. Des journalistes, militants et voix critiques ont été arrêtés, enrôlés de force ou portés disparus selon Human Rights Watch. Le cas du journaliste Serge Oulon, toujours porté disparu selon l’organisation, illustre les inquiétudes autour de la liberté de la presse.

Enfin, le retour à un ordre civil demeure repoussé. La prolongation de la transition nourrit un débat sur la trajectoire institutionnelle du pays.

Après quatre années, le bilan d’Ibrahim Traoré apparaît donc contrasté : des résultats économiques et des choix de souveraineté sont visibles, mais la question sécuritaire, les droits humains et l’avenir institutionnel continuent de peser lourdement sur son bilan.

Sakhaïroune Ousmane Kikigne

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