Les avocats internationaux Emmanuel Altit et Yaël Mrejen, mandatés pour assurer la défense des principaux dirigeants de l’ex-Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), annoncent l’ouverture d’une offensive judiciaire sur le plan international. Dans un communiqué publié le 17 juillet 2026, ils dénoncent un procès qu’ils jugent inéquitable, des conditions de détention qu’ils qualifient de déplorables et indiquent examiner plusieurs recours devant les mécanismes internationaux de protection des droits de l’homme.

Selon les deux avocats, le GCAP, principale plateforme de coordination de l’opposition démocratique tchadienne, avait annoncé en avril 2026 une marche pacifique pour dénoncer les atteintes aux libertés démocratiques. Mais le 24 avril 2026, la Cour suprême du Tchad a prononcé la dissolution du mouvement, déclarant ses activités illégales. Le lendemain, plusieurs de ses principaux dirigeants ont été arrêtés.

Poursuivis notamment pour mouvement insurrectionnel, rébellion, association de malfaiteurs et détention illégale d’armes de guerre, les huit prévenus ont été jugés du 6 au 8 mai 2026 avant d’être condamnés à huit ans d’emprisonnement.

Dans leur communiqué, Emmanuel Altit et Yaël Mrejen estiment que leurs clients n’ont pas bénéficié des garanties d’un procès équitable. Ils affirment que les avocats de la défense n’ont pas disposé du temps ni des moyens nécessaires pour préparer leur dossier. Ils dénoncent également la tenue des audiences à huis clos dans l’enceinte de la prison, estimant que le principe de publicité des débats a été violé. Les avocats soutiennent en outre qu’aucun élément probant n’aurait été présenté à l’appui des accusations.

Le communiqué décrit par ailleurs des conditions de détention jugées préoccupantes. Les détenus seraient contraints de dépendre de leurs familles pour leur alimentation, leur approvisionnement en eau et en médicaments, en l’absence d’un véritable suivi médical en prison. Les avocats indiquent que l’état de santé de plusieurs condamnés s’est fortement dégradé, évoquant notamment l’hospitalisation d’urgence d’Ahmad Bokari Nima ainsi que l’autorisation accordée au professeur Avocksouma et à Kelo Bombaye de consulter des médecins hors de l’établissement pénitentiaire.

Au-delà de cette affaire, les deux conseils replacent ces événements dans un contexte plus large de répression de l’opposition au Tchad depuis 2021, marqué notamment par la répression de manifestations, l’arrestation de nombreux opposants, la mort de Yaya Dillo en février 2024 et la condamnation de Succès Masra en 2025.

Mandatés par leurs clients, Emmanuel Altit et Yaël Mrejen annoncent désormais examiner les voies de recours devant les mécanismes régionaux et internationaux de protection des droits de l’homme. Ils indiquent également étudier d’éventuelles poursuites individuelles contre les auteurs présumés des mauvais traitements dénoncés et leur chaîne hiérarchique.

À noter que Me Emmanuel Altit est une figure du barreau pénal international. Il s’est notamment illustré en assurant la défense de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, de l’ouverture de son procès jusqu’à son acquittement définitif en 2021. Cette expérience lui vaut d’être régulièrement sollicité dans des dossiers relatifs aux droits humains et au droit pénal international.

Sakhaïroune Ousmane Kikigne

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