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Dans les quartiers de N’Djamena, le sujet revient de bouche à oreille. Chez certains parents, l’inquiétude se lit sur les visages. Le « Colos », une drogue de synthèse également appelée auparavant « Colorado », est devenu un nouveau sujet de préoccupation dans plusieurs familles. Selon des témoignages recueillis, cette substance apparue il y a environ un an se présente sous forme d’herbe de différentes couleurs, notamment verte et jaune, et serait de plus en plus consommée par certains jeunes.

Ce qui inquiète le plus les familles, ce sont les scènes auxquelles elles disent assister après consommation. Des parents racontent voir des jeunes qui, quelques instants auparavant, semblaient normaux, changer brusquement d’attitude. Le regard devient différent, les gestes deviennent incontrôlés, les réactions deviennent imprévisibles. Certains proches affirment avoir l’impression de ne plus reconnaître les personnes qu’ils connaissent.

À Mandjakholé, un quartier de la capitale souvent cité par des habitants pour la circulation de certaines substances illicites, Abakar Damio observe cette réalité avec inquiétude. « Ce qui nous fait peur, c’est de voir des jeunes perdre le contrôle d’eux-mêmes. Après avoir consommé, certains ne se comportent plus comme avant », témoigne-t-il.

À Walia, Jacqueline Azem décrit une situation qui interpelle les habitants. Elle raconte que certains jeunes adopteraient des comportements inhabituels après avoir fumé cette substance. « Les familles sont inquiètes. Il faut expliquer aux jeunes les dangers et aider ceux qui sont déjà touchés », lance-t-elle.

À Diguel, Ramadan Hamid estime que le phénomène dépasse désormais les familles. Selon lui, les parents ne peuvent pas agir seuls. « Il faut une mobilisation des autorités et de toute la société », plaide-t-il.

Sur les réseaux sociaux, des vidéos largement relayées ont également attiré l’attention des internautes. Ces images montrent des jeunes qui, selon les publications qui les accompagnent, auraient consommé du « Colos » avant d’adopter des comportements surprenants. Dans certaines séquences, des personnes semblent désorientées, certaines se déshabilleraient en public, tandis que d’autres prennent des tasses ou des objets du quotidien qu’elles utilisent comme un volant, les tenant comme un guidon de voiture avant de courir dans la rue comme si elles conduisaient un véhicule.

D’autres vidéos montrent des jeunes portant des casques de moto et faisant semblant de conduire alors qu’ils marchent simplement. Ces scènes, largement commentées, renforcent la peur des familles face aux conséquences possibles de cette consommation.

Devant cette situation, des parents interpellent le gouvernement tchadien. Ils demandent des actions urgentes : campagnes de sensibilisation, prévention dans les quartiers et les écoles, lutte contre la circulation de ces substances et accompagnement des jeunes concernés.

Pour ces familles, derrière le phénomène du « Colos », c’est une partie de la jeunesse tchadienne qui est en jeu.

Kissia Dani

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