Dans quelques semaines, Ndjamena entrera en état de siège. Trois mois de pluies diluviennes, trois mois d’eau qui ne s’écoule pas, trois mois où la ville se transforme en piège sanitaire et social. Les Ndjaménois le savent, chaque averse charrie son lot de désolation. Inondations, eaux croupies, moustiques. Le paludisme, fidèle allié de la mousson, rôde déjà.

Christian Tatola, à Boutalgar, ne prépare pas des sacs de sable. Il cherche une porte de sortie. « Tous les ans, je fuyais avec mes enfants chez mon cousin à Amtoukouin. Lui, au moins, échappait aux eaux. Mais il a vendu sa concession. Il est parti au village. Moi, je reste. Sans solution. » Il regarde le ciel. Vide. Aucune issue ne s’annonce.

À Ndjari Kawas, Khamis Saleh Hatap pointe des caniveaux condamnés. « La mairie déblaye quand l’eau est déjà là. Trop tard. Les eaux usées se mêlent aux pluies. Mes enfants tombent chaque année. On vit avec les piqûres et la fièvre. » Il n’attend rien des autorités. Il attend la pluie. Il la craint.

Rachelle Konodji, à Walia, a déjà aligné des boîtes de comprimés. « Les centres de santé croulent dès juillet. On devient nos propres médecins. Mais contre les moustiques et la saleté, on ne peut rien. » Sa voix ne tremble pas. Elle a trop vu de saisons pour encore s’émouvoir.

À Klemat, Hachim Nour ne partage pas leur angoisse. « Ici, les caniveaux évacuent. Les routes sont bitumées. L’eau ne s’installe pas. » Il ne se vante pas. Il constate. « Ce n’est pas une fatalité. C’est un choix. » Un choix que les quartiers pauvres, eux, ne bénéficient pas.

Les premières gouttes n’ont pas encore frappé. Mais la peur, elle, est déjà là. Elle s’infiltre dans les conversations, les silences, les regards. Ndjamena ne redoute pas la pluie. Elle redoute ce qu’elle laisse derrière elle, des semaines de lutte, des vies suspendues, des enfants fiévreux. Et l’impuissance, la vraie, celle qui ne se vide pas.

Sakhaïroune Ousmane Kikigne

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