Le récent sacre des Aiglons FC de N’Djamena a offert des images contrastées qui résument à elles seules la réalité du sport roi au Tchad. D’un côté, l’extase légitime des joueurs juchés sur la cabine d’un camion de livraison, brandissant fièrement leur trophée ; de l’autre, le constat flagrant d’une précarité structurelle qui refuse de dire son nom.


Cette parade de champion, improvisée à bord d’un véhicule de fortune, met à nu le manque criant d’investissements et d’infrastructures adéquates. Alors que sous d’autres cieux, les titres nationaux se célèbrent à bord de bus impériaux modernes et sécurisés, le football tchadien en est réduit au système D. Cette image traduit le fossé immense qui sépare la passion brute des acteurs sur le terrain et le soutien logistique, financier et institutionnel qui devrait accompagner l’élite de notre football.


Pourtant, cette précarité matérielle n’a pas réussi à ternir la ferveur. Elle a même révélé une authenticité touchante : celle d’une communion directe et sans artifice entre l’équipe et ses supporters au cœur de la capitale. Reste désormais à savoir si ce énième signal d’alarme visuel saura interpeller les décideurs pour que le prestige des champions tchadiens ne voyage plus à l’arrière d’une camionnette.

Kissia Dani

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