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À N’Djaména, le « charmoute », cette viande séchée très appréciée dans les habitudes alimentaires tchadiennes, se négocie désormais à des prix qui font grincer des dents. Dans plusieurs marchés de la capitale, les consommateurs constatent une hausse jugée vertigineuse, alors que les dépenses quotidiennes des ménages restent déjà élevées.

Pour prendre le pouls du marché, nous avons sillonné plusieurs points de vente, notamment Diguel, Souk Khala, Souk Kabir, Dembé et Souk Al-afia, communément appelé « souk choléra ». Partout, le même constat revient : le prix du charmoute a pris de la hauteur.

Selon les commerçants rencontrés, le Coro, mesure locale utilisée dans les transactions, se vend actuellement entre 21 000 et 23 000 FCFA, selon la qualité et le type de viande utilisé. Le bœuf reste le plus courant, tandis que le dromadaire est plus rarement utilisé.

Pour les vendeurs, cette flambée s’explique principalement par la saison des pluies. L’état des routes et des pistes d’acheminement complique le transport depuis les zones d’élevage et de production vers N’Djaména. Les difficultés d’accès, auxquelles s’ajoutent les coûts du transport, finissent par se répercuter sur le prix payé par le consommateur.

Mais dans les marchés, les explications des commerçants ne dissipent pas la colère. « C’est devenu trop cher. Avant, on pouvait en acheter régulièrement, maintenant il faut réfléchir plusieurs fois avant de sortir l’argent », se plaint un consommateur rencontré à Dembé.

Dans certains ménages, la hausse commence même à modifier les habitudes alimentaires. Des femmes rencontrées sur les marchés affirment avoir réduit leur consommation, tandis que certaines disent ne plus préparer de charmoute.

Une situation qui nourrit l’incompréhension. « Comment un pays considéré comme l’un des premiers pays d’élevage en Afrique peut-il avoir une viande aussi chère pour sa propre population ? », s’interroge une consommatrice.

À N’Djaména, le charmoute n’est donc plus seulement une question de tradition ou de goût. Il devient aussi le symbole d’un paradoxe : celui d’un pays riche en cheptel, mais où l’accès à certains produits issus de l’élevage devient de plus en plus difficile pour les ménages.

Kissia Dani

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