Au Tchad, la saison des pluies ne transforme pas seulement les paysages. Elle modifie également les itinéraires des éleveurs et de leurs troupeaux. À mesure que les pluies s’installent dans plusieurs régions, les éleveurs adaptent leurs déplacements à l’état des pâturages, à la disponibilité de l’eau et aux conditions des parcours.

Dans certaines zones devenues particulièrement humides ou exposées aux inondations, les troupeaux peuvent être déplacés vers des espaces jugés plus favorables. Ces mouvements saisonniers conduisent les éleveurs à emprunter différents couloirs pastoraux à travers le pays, notamment vers des zones de l’ouest, du centre, de l’est ou du nord, selon les conditions locales.

La transhumance constitue ainsi un mécanisme traditionnel d’adaptation aux variations saisonnières. Elle permet aux éleveurs de rechercher des pâturages disponibles et d’éviter les espaces temporairement impraticables. Mais cette mobilité peut également devenir une source de tensions lorsque les itinéraires pastoraux croisent des zones agricoles, des points d’eau ou des espaces de pêche.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM), à travers son outil de suivi de la transhumance, souligne justement que le chevauchement entre itinéraires pastoraux, zones agricoles et espaces de pêche peut accentuer la compétition autour de ressources déjà limitées.

Au Batha Ouest, les autorités ont encore récemment rappelé l’importance du respect des couloirs de transhumance, considérés comme essentiels à la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs.

Face à ces enjeux, la sécurisation et la délimitation des couloirs pastoraux apparaissent comme des priorités. Le gouvernement tchadien affirme d’ailleurs travailler sur la sécurisation des couloirs de transhumance et sur la relecture du Code pastoral.

La transhumance n’est donc pas seulement une affaire d’éleveurs et de bétail. Elle touche directement à la sécurité alimentaire, à l’économie rurale, à la gestion de l’eau et à la paix entre communautés. Dans un pays où les aléas climatiques rendent les parcours plus imprévisibles, mieux organiser cette mobilité devient un enjeu majeur pour prévenir les conflits et préserver la coexistence entre les différents usagers des ressources naturelles.

Adnely Carine

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