
À trois jours de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance du Tchad, une question prend de l’ampleur dans les milieux politiques : le président Mahamat Idriss Déby Itno profitera-t-il de cette échéance symbolique pour faire un geste en faveur de figures majeures de l’opposition actuellement condamnées par la justice ?
Au centre des interrogations figurent l’ancien Premier ministre et leader des Transformateurs, Succès Masra, ainsi que les huit responsables de l’ex-Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP).
Masra : une condamnation de 20 ans
Succès Masra a été arrêté en mai 2025, quelques jours après avoir contesté les résultats de l’élection présidentielle de mai 2024. Il a ensuite été jugé dans le cadre de l’affaire liée aux violences intercommunautaires survenues à Mandakao, dans la province du Logone Occidental.
Le 9 août 2025, la justice tchadienne l’a condamné à 20 ans de réclusion criminelle, notamment pour incitation à la violence et complicité de meurtre. Masra a toujours rejeté les accusations portées contre lui. Human Rights Watch a estimé que son procès reposait sur des accusations à caractère politique.
Le 21 mai 2026, la Cour suprême a rejeté le pourvoi introduit par sa défense, confirmant ainsi sa condamnation. Sa situation judiciaire apparaît donc désormais particulièrement verrouillée, ce qui place l’éventualité d’une grâce présidentielle au cœur des spéculations politiques.
Les huit leaders de l’ex-GCAP condamnés à huit ans
Le dossier des responsables de l’ex-GCAP est plus récent. Le 24 avril 2026, la Cour suprême a prononcé la dissolution du regroupement politique. Le lendemain, huit de ses principaux responsables ont été arrêtés alors qu’une marche de protestation était envisagée pour le 2 mai.
Les personnes concernées sont Avocksouma Djona Atchénémou, Max Kemkoye, Nassour Koursami, Néatobey Bidi Valentin, Badono Daïgou, Kelou Bombay, Ahmat Bokori Nima et Mahamat Djiara.
Placés sous mandat de dépôt le 28 avril et transférés à la maison d’arrêt de Klessoum, ils ont été poursuivis notamment pour rébellion, mouvement insurrectionnel, attroupement et détention illégale d’armes de guerre. Le gouvernement a défendu la procédure, affirmant que les activités du GCAP étaient devenues illégales après sa dissolution.
Le 8 mai, le Tribunal de grande instance de N’Djamena les a condamnés à huit ans de prison ferme et à une amende de 500 000 francs CFA chacun. Le parquet avait requis dix ans. La défense a contesté le verdict et annoncé un appel.
Depuis, la situation a évolué. Quatre condamnés, Néatobey Bidi Valentin, Kelou Bombay, Avocksouma Djona et Ahmat Bokori ont obtenu une liberté provisoire pour des raisons de santé. 4 autres, dont Max Kemkoye et Nassour Koursami, demeurent détenus.
Le 11 août, une fenêtre politique ?
Dans ce contexte, la fête de l’Indépendance pourrait constituer une échéance hautement symbolique. Les célébrations nationales sont traditionnellement associées aux messages d’unité, de paix, de cohésion et de réconciliation.
Une éventuelle grâce présidentielle en faveur de Succès Masra et, plus largement, des condamnés de l’ex-GCAP pourrait donc être perçue comme un geste politique majeur. Elle permettrait au chef de l’État d’envoyer un signal d’apaisement à une opposition fortement fragilisée par les procédures judiciaires récentes.
Mais à ce stade, aucune annonce officielle ne confirme qu’une telle mesure est envisagée. Il serait donc prématuré de parler d’une grâce imminente.
Reste une interrogation politique, après avoir consolidé son pouvoir et alors que le pays s’apprête à célébrer son indépendance, Mahamat Idriss Déby Itno choisira-t-il la fermeté judiciaire jusqu’au bout ou saisira-t-il cette occasion pour ouvrir une parenthèse de clémence ?
Le 11 août pourrait apporter la réponse.
La Rédaction
