
L’essor de l’intelligence artificielle (IA) au Tchad bouleverse progressivement les habitudes d’accès au savoir. Mais derrière cette révolution technologique se pose une question sensible, l’IA produit-elle de nouvelles compétences ou seulement une apparence d’expertise ?
Pour Adoum Tiney Barkaï, président de l’Association des jeunes leaders pour la promotion de l’espace numérique au Tchad et ingénieur en réseaux et télécommunications, le phénomène des « faux experts » existe bel et bien. « L’IA ne transforme pas les ignorants en experts ; elle réduit considérablement le coût d’accès aux apparences de l’expertise », estime-t-il.
Selon lui, il est désormais possible de produire rapidement des contenus bien structurés sur des sujets aussi variés que le droit, la santé, la finance ou l’agriculture, sans disposer d’une véritable formation dans ces domaines. Le risque est particulièrement important lorsque ces contenus sont repris sans vérification et présentés comme des analyses spécialisées.
Mais l’expert voit également dans l’IA une formidable opportunité pour le Tchad. Pour les étudiants, les jeunes professionnels ou les personnes éloignées des bibliothèques et ressources spécialisées, elle peut faciliter l’apprentissage, la traduction, la compréhension de concepts complexes et l’orientation professionnelle.
Le véritable enjeu réside donc dans l’usage qui en est fait. Copier-coller une réponse générée par l’IA ne constitue pas une expertise. À l’inverse, confronter ses réponses aux sources, pratiquer et développer son esprit critique peut permettre à un débutant de progresser réellement.
Pour distinguer compétence réelle et simple apparence, Adoum Tiney Barkaï recommande notamment de demander les sources, de poser des questions imprévues et d’examiner la capacité de l’interlocuteur à expliquer, nuancer et relier la théorie à son expérience.
L’IA peut également affecter les véritables experts. Utilisée comme une « béquille », elle risque d’affaiblir certains réflexes intellectuels. Employée comme un outil d’accélération, elle peut au contraire libérer du temps pour la réflexion et l’analyse.
En définitive, l’IA ne remplace ni la formation, ni l’expérience, ni le jugement humain.
Adnely Carine
