La tension politique est montée d’un cran en République démocratique du Congo (RDC). Vendredi 12 juin, une manifestation organisée à Kinshasa contre le projet de réforme constitutionnelle porté par la majorité présidentielle a été violemment dispersée par les forces de sécurité, selon plusieurs témoignages et organisations proches de l’opposition. Cette mobilisation, initiée par des partis politiques et mouvements citoyens hostiles à cette démarche institutionnelle, intervient dans un climat politique déjà marqué par de fortes crispations.

À l’origine de la contestation : le débat autour d’un projet de réforme constitutionnelle soutenu par des proches du pouvoir et la perspective d’un référendum sur certaines dispositions de la loi fondamentale. L’opposition accuse le président Félix Tshisekedi de vouloir ouvrir la voie à un troisième mandat malgré les dispositions actuelles de la Constitution, une accusation rejetée jusque-là par le camp présidentiel qui évoque plutôt une adaptation des institutions aux réalités du pays.

Dans plusieurs quartiers de la capitale congolaise, des manifestants ont tenté de rallier des points stratégiques avant d’être dispersés par les forces de l’ordre. Des scènes de tension, des tirs de gaz lacrymogènes et des affrontements ont été signalés par des témoins sur place. Des arrestations auraient également eu lieu.

Joint par notre rédaction, Marley Vuvu, coordonnateur du Mouvement des révolutionnaires congolais (MRC), affirme avoir participé à cette mobilisation avant d’être blessé lors de la dispersion.

« Cette réforme constitutionnelle va contre la volonté du peuple congolais. Nous considérons cette démarche comme inadmissible et anticonstitutionnelle », déclare-t-il.

Selon lui, l’opposition à cette réforme dépasse la simple question institutionnelle. Le responsable du MRC estime que le moment choisi par les autorités est inopportun dans un pays confronté à une crise sécuritaire majeure dans sa partie orientale.

« Nous avons un pays en guerre, une partie du territoire national reste sous contrôle de groupes rebelles. Dans un tel contexte, vouloir organiser un référendum constitutionnel relève d’un forcing politique », affirme Marley Vuvu, qui accuse le président Félix Tshisekedi de chercher, à travers cette réforme, à ouvrir la voie à un éventuel troisième mandat présidentiel.

Le coordonnateur du MRC dénonce également une situation socio-économique qu’il juge « dramatique » pour une large majorité de Congolais. S’appuyant, selon lui, sur des données d’institutions publiques, il affirme que « neuf Congolais sur dix vivent dans la pauvreté », malgré les immenses ressources minières et naturelles du pays.

« Comment accepter qu’un pays aussi riche ait une population aussi pauvre ? Beaucoup de Congolais n’ont pas accès à l’électricité, à l’eau potable, à des infrastructures routières convenables ou même à des écoles dignes de ce nom », martèle-t-il.

Pour le leader du MRC, la mobilisation du 12 juin poursuivait un double objectif : empêcher une réforme constitutionnelle controversée et dénoncer les difficultés quotidiennes auxquelles font face les populations.

« Cette manifestation, c’était pour barrer la route à cette initiative et dénoncer les injustices que subit le peuple congolais depuis des années », soutient-il.

Dans un communiqué transmis à notre rédaction, le Mouvement des révolutionnaires congolais avance un bilan provisoire de dix morts, quinze disparus et plus d’une centaine de blessés graves à la suite de la répression de la manifestation. Ces chiffres n’ont toutefois pas pu être confirmés de manière indépendante au moment de la publication de cet article, et les autorités congolaises n’avaient pas encore communiqué de bilan officiel.

Du côté du pouvoir, les soutiens du président Félix Tshisekedi réfutent toute volonté de contourner les dispositions constitutionnelles sur la limitation des mandats. La majorité présidentielle affirme que la réforme envisagée vise avant tout à corriger certaines faiblesses institutionnelles et à adapter la gouvernance aux défis contemporains du pays. Le camp présidentiel soutient qu’un éventuel changement ne pourrait intervenir qu’à travers un processus légal, incluant les institutions compétentes et, si nécessaire, un référendum populaire.

Cette répression risque d’accentuer davantage les tensions entre le pouvoir et l’opposition dans un contexte déjà fragile. À Kinshasa, plusieurs organisations citoyennes et défenseurs des droits humains réclament désormais l’ouverture d’une enquête indépendante sur les violences signalées lors de cette journée de mobilisation, alors que le débat sur la réforme constitutionnelle continue de polariser la classe politique congolaise.

Gazelle Presse avec Flashtchad.com

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