Depuis maintenant une semaine, plus de 35 000 agents sillonnent le territoire tchadien. Le troisième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-3) a officiellement débuté le 20 juin, pour une durée de 21 jours, prorogée. Derrière l’opération technique se joue un enjeu bien plus profond, savoir enfin qui nous sommes et où nous allons.

Une « radiographie de la nation »

C’est l’expression qu’a employée l’ancien Premier ministre Kalzeubé Payimi Deubet pour qualifier cette opération . Et l’image est juste. Le recensement, c’est la seule occasion, tous les dix ans environ, de faire un arrêt sur image du pays tout entier.

Le président de la Commission nationale de la population, Tahir Hamid Nguilin, résume l’ambition en une phrase, « Connaître avec précision combien nous sommes, où nous vivons, dans quelles conditions et quels sont nos besoins » . Cette connaissance, qui semble aller de soi, est en réalité le préalable à tout projet de développement cohérent. Sans elle, on construit des écoles là où il n’y a pas d’enfants, des centres de santé sans savoir où se concentrent les besoins.

Un outil pour voir l’invisible

Au Tchad, une grande partie de l’économie et de l’habitat échappe aux circuits officiels. Les quartiers périphériques des grandes villes, les villages isolés, l’économie informelle… tout cela reste souvent invisible dans les statistiques courantes.

Le démographe Francis Gendreau, qui a longtemps travaillé sur les recensements en Afrique, insiste sur un point crucial, un recensement mal réalisé coûte plus cher en mauvaises décisions qu’il n’en coûte à réaliser. Il a montré que cet outil permet de révéler les « angles morts » de l’action publique ces zones que les administrations ignorent faute de données.

Cette édition du RGPH tchadien innove sur deux plans, une numérisation complète du processus, de la collecte à la rémunération des agents, et l’intégration d’un module de recensement agricole . Autant d’efforts pour gagner en fiabilité et en rapidité.

Un acte citoyen, pas une formalité administrative

Une confusion persiste dans l’esprit de certains : le recensement général n’a rien à voir avec le recensement électoral, ni avec une quelconque opération fiscale . Les informations restent strictement confidentielles et servent exclusivement à la production de statistiques .

Le président Mahamat Idriss Deby Itno a donné l’exemple en se faisant recenser en premier, le 20 juin à sa résidence, en tant que chef de ménage n°001 . Le geste est symbolique : cette opération concerne tout le monde, des plus hautes autorités aux familles les plus modestes.

Pourquoi répondre aux questions des recenseurs ?

Les données récoltées permettront, concrètement, de :

· planifier la construction des écoles, des centres de santé et des routes ;


· améliorer l’accès à l’eau potable et à l’électricité ;


· orienter les programmes d’emploi pour les jeunes et d’autonomisation des femmes ;


· attirer les investisseurs en fournissant des données fiables sur le marché tchadien .

Comme le rappelle Kalzeubé Payimi Deubet, « Refuser d’y participer, c’est priver le pays de données réelles nécessaires à son développement » .

Le RGPH-3 est un moment rare. Il donne aux Tchadiens l’occasion de faire leur propre comptabilité nationale. Pas pour contrôler, mais pour bâtir sur des bases solides.

Adnely Carine

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